Frédérique Zoltane Je suis venue à la chanson tardivement



Frédérique Zoltane
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CHANSON PRO : - Quand t'es-tu aperçue posséder un don pour les voix ?
Je suis venue à la chanson tardivement.
À l'origine, je me destinais à une activité bien différente : la gendarmerie !
Je m'intéressais également à l'éducation canine. Il faut dire que j'ai passé mon enfance dans une ferme, spécialisée dans l'élevage de grands chiens Léonberg, race imposante, assez proche du Saint-Bernard. Ces animaux sont célèbres pour être d'excellents nageurs dotés de pattes palmées.
Rien à voir avec l'univers du disque et de la musique.
Cependant, j'allais de temps à autre dans des bars à musique ou des karaokés avec des amies, et il m'arrivait occasionnellement de chanter un titre ou deux pour le plaisir, en particulier des standards d'Eddy Mitchell.
Cela ne constituait qu'une activité de divertissement parmi d'autres.
- Du divertissement aux albums ?
- À 21 ans, j'ai participé un peu par hasard à un petit concours de chant à Strasbourg, où j'ai fait la connaissance de ma future équipe. TITRE A.
m'a proposé au bout de quelques jours de faire un album, ce qui était une surprise, mais je me suis tout de suite passionnée pour le projet, même si ce n'était pas - comme pour certaines - un rêve de gosse ni une vocation, au sens habituel du terme.
Par la suite, l'ambiance des studios d'enregistrement m'a tellement plu que j'ai abandonné mes projets gendarmiques :0)

- Devenue chanteuse un peu par la grâce des événements, es-tu devenue auteur et compositrice ?
- En fait, je fais surtout des arrangements et des réalisations, et je m'occupe aussi de mettre en forme, en fonction également des circonstances et des demandes. Parfois je risque quelques créations, mais c'est assez rare, car nous sommes souvent en retard sur le programme :-) Il faut aller à l'essentiel.
- Ton premier enregistrement ? Avec ta voix naturelle ou voix de personnage ?
- Voix naturelle. Elle a un côté martial, un peu masculin, on me surnommait (avec le sourire) la dompteuse voire la walkyrie :0) J'ai toujours eu plusieurs voix, même dans la vie courante. Quand je parle au téléphone, je n'ai pas le même son que dans telle ou telle circonstance. C'est quelque chose d'assez courant il me semble, mais souvent on n'y prête pas attention. Dans mon cas, c'est devenu une partie de mon métier, aussi, j'ai été particulièrement attentive et j'ai tenté de cultiver cet aspect-là. En fait, nous avons l'habitude - dans notre équipe ou entre amis - de nous amuser presque continuellement à changer de voix, faire des imitations, créer des personnages etc. La notion de voix naturelle devient de plus en plus floue avec le temps.

- On peut néanmoins distinguer les deux domaines, voix naturelle et voix de personnage, peux-tu nous résumer tes deux parcours ?
- J'enregistre des chansons pratiquement tous les jours depuis 12 ans. Cela représente une grande quantité de titres. Nous faisons de la musique dans des genres très variés, parfois même antagonistes, donc j'ai eu l'opportunité de m'essayer à toutes sortes de voix et de type de chant du plus ambitieux au plus farfelu. Bien entendu, il me reste plein de choses à expérimenter et à découvrir et ce ne sont pas les occasions de changer son registre qui manquent. Si des milliers d'heures d'enregistrement m'ont donné une certaine aisance et une certaine rapidité dans la pratique des harmonies vocales, j'ai toutefois du travail à faire dans le domaine de la voix parlée... je suis loin d'être une comédienne. J'ai conscience d'avoir des progrès considérables à faire dans cette discipline.

- Cette polyvalence vocale occulte-t-elle ta carrière d'interprète ?
- Non elle ne l'occulte pas, elle la constitue ! C'est grâce à cette polyvalence que j'ai continuellement beaucoup de travail.
- Des chiffres ! Ton relevé Adami ou un suivi précis donnent combien de titres en activité ?
- Plusieurs centaines.

- Frédérique Zoltane et la scène ?
- Ma situation est très différente de celle du monde du spectacle. Nous travaillons dans des studios d'enregistrement, ce qui est une activité assez solitaire, de recherche, d'expérimentation, parfois plus fondée sur la réflexion, l'écoute et l'analyse que sur la spontanéité et l'intuition... Quand on évoque devant moi le terme de show-biz je ne me sens pas concernée. Ni par le côté biz qui n'est guère représentatif de notre réalité... ni surtout par le côté show que nous ne pratiquons plus actuellement, étant (agréablement) occupés dans d'autres domaines. C'est à peu près le même rapport qui peut exister entre une illustratrice réalisant des images de synthèse à l'aide d'une tablette graphique et une comédienne qui joue le soir au théâtre. Peu de points communs, en vérité. Bien sûr, il m'est arrivé de chanter sur scène ou de faire des choeurs pour un spectacle en live, mais c'est plutôt anecdotique. Nos activités de studio et de disque nous occupent bien. Nous avons beaucoup de travail - et nous en sommes très heureux, évidemment.
- Si je cite Gérard Manset pour la démarche et l'approche, le recul, tu en penses ?
- Je connais la chanson Il voyage en solitaire comme tout le monde, mais j'avoue que je n'en sais guère plus. Je crois que sa démarche est atypique et cela m'inspire - à priori - de la sympathie.

- Ta fonction dans le label TitreA ?
- Un peu de tout. Toutefois, je fais principalement de la musique, des arrangements, des voix et des choeurs, du coaching vocal, de la prise de son, des partitions (nous sommes éditeurs désormais), un peu de courrier, je suis aussi correctrice et fais de la PAO avec X-press, il y a beaucoup de choses à faire entre les pochettes et les livrets, vérifier les biographies et les présentations de projets, les jaquettes des prototypes, les plaquettes, les sites, aider aux tâches administratives, etc. En revanche, je ne finalise pas encore seule les mixages et le mastering. En ce qui concerne la direction artistique, c'est Paul qui écoute tout ce que nous recevons par la poste ou par le net. De temps à autre, il me demande mon analyse sur telle ou telle éventualité liée à l'écoute d'un projet. Cela dit, je suis plus habituée à la direction en studio qu'à l'écoute des concepts envoyés. Nous avons plusieurs associés qui se chargent de la communication et des rapports avec les grands distributeurs et médias.

- En interprète, tu as plusieurs pseudonymes, je crois ?
- Frédérique Zoltane, Daizy Clochette, Zoz, et des noms de groupes comme Les Dagobert, Polythene Pam's, Les amis d'enfance, Profs des écoles, Virage sud, La belle équipe, Woolton's hill etc.
- La télévision reste le média essentiel pour toucher le plus grand nombre, Frédérique Zoltane et la télévision ?
- Nous avons eu pas mal de passages de nos titres sur M6 avec Cauet, Mickael Youn, j'avais fait quelques intervention physiques en 1995 et 1996 sur France 2, chez Sevran etc.. Il y aura peut être un groupe de fille avec une ou deux amies.

- Tu es aussi responsable d'un studio. Peu de femmes dans ce cas.
- Les choses évoluent, j'ai eu l'occasion de rencontrer quelques consoeurs, même si cela reste assez rare. Je me souviens qu'à mes débuts, en 1995, il y a eu un peu de méfiance de la part de quelques machos habitués à ne voir que des garçons derrière une console de mixage, de plus je manquais de confiance en moi. Désormais, il n'y a plus de problème et les misogynes sont finalement plutôt rares.

- Le piratage sur internet est selon toi la première cause des difficultés de la filière musicale ?
- Non pas particulièrement.
En tout cas, en ce qui nous concerne, il nous est difficile de mesurer si le problème existe réellement pour tout le monde ou s'il représente plutôt une focalisation médiatique autour de ce thème.
Selon le type de disques et le type de public la réalité est fort différente.
Par exemple, les pertes liées au piratage par les ados sur le marché du single sont sans doute en partie compensées par les ventes de sonneries, d'appels surtaxés et de supports vierges.
Il existe pas mal de phénomènes complexes qui font que le monde du disque change.


- Essayons d'analyser cette mutation !
- Quelques pistes : il y a 25 ans, faire un album était une chose inaccessible. Un budget de disque était celui de la construction d'une belle maison. Désormais, on peut travailler chez soi pour rien, avec un ordinateur ordinaire, un casque et un micro et ainsi obtenir des résultats de bon niveau. Il existe des centaines de milliers de musiciens, de chanteuses, d'auteurs etc. qui désormais ont la possibilité de faire assez facilement des disques et ce, avec une qualité qui auparavant était réservée à quelques exceptions.
Ce phénomène s'est accentué par un engouement populaire important pour l'activité. Il y a une génération de cela, les petites filles rêvaient de devenir hôtesse de l'air, infirmière, maîtresse d'école, égyptologue, princesse... :0) mais assez rarement chanteuse ou musicienne.
La conséquence est que la production de musique de qualité à augmenté d'une façon spectaculaire. En revanche, la demande du public est restée assez stable.
Autre question pragmatique : les petits magasins de disques ont disparu, les grandes surfaces voient leurs rayons de CD grignotés par les fournitures informatiques, la téléphonie, les jeux vidéo etc. On ne peut pas agrandir tous les magasins aussi, il n'y a plus guère de place pour exposer les nouveautés. Parfois les rayons de disques jazz, enfants, classique etc. ont carrément disparus. Un disque n'est mis en rayon que durant une courte période.
On pourrait écrire un livre entier sur le sujet, mais pour résumer : le piratage sur internet ne représente qu'un aspect du problème et ce n'est pas forcément le plus préoccupant. Il ne concerne qu'une partie du marché et pas nécessairement la plus importante. Nous connaissons plusieurs musiciens, chanteurs et/ou producteurs qui ne sont pas ou peu concernés par ce mécanisme.

- Pour un label indépendant comme TitreA, quelles sont les grandes difficultés ?
- Nous manquons de temps pour concrétiser tous nos projets. Nous aimerions être plus disponibles, plus communiquants, avoir la possibilité d'être plus innovateurs, plus audacieux même. Ce n'est pas l'envie qui nous manque mais le temps, car aussi étrange que cela puisse paraître, nous nous voyons souvent imposer des délais très courts.
Il est aussi parfois un peu triste de ne pas pouvoir aider tel ou tel jeune qui en fait la demande et qui le mériterait sans doute, tout simplement parce que nous sommes déjà en retard sur ce qui était urgent :0)
En fait, nous avons tendance à estimer - à tort ou à raison - que le bon ou le mauvais fonctionnement de nos projets dépend plus de nous, de notre comportement, de notre énergie, de notre motivation, de la quantité de temps que nous y consacrons etc. que du système, de la conjoncture, du hasard, de la chance, de l'Etat etc. Sur une courte période, il peut y avoir des fluctuations défavorables mais sur le long terme, l'opiniâtreté et l'enthousiasme finissent toujours par donner quelques résultats, même s'ils sont modestes en comparaison des quelques exceptions très médiatisées et peu représentatives de la réalité des métiers du disque.
Pour illustrer le propos de façon un peu familière, on évoque souvent - à la télévision ou dans la presse magazine - le cas très exceptionnel de telle ou telle grande vedette présentée comme riche et célèbre ou bien, au contraire la misère (parfois mise en scène) d'un musicien contraint de jouer dans le métro ou à la terrasse des cafés, ou des situations du même ordre. En gros, c'est l'image faussée de la réalité : Ou star, ou clochard :0)
En fait l'immense majorité des professionnels est une sorte de classe moyenne qui n'a aucun rapport avec l'un ou l'autre de ces exemples extrêmes.


- Comment envisages-tu l'après CD, la disparition du support physique traditionnel ?
- Ce n'est pas un problème préoccupant.
On pourra conserver une restitution de qualité sans support physique, c'est une question d'intention et non de technique.
L'essentiel est de conserver la liberté.
On peut prendre l'avion ou le TGV pour aller vite et faire une promenade à cheval par plaisir. De même on peut s'envoyer par mail des fichiers de qualité moyenne pour certains aspects pratiques et professionnels, sans pour autant se priver de la musique sur un véritable système d'écoute à partir d'un support de qualité comme un disque vinyle ou une bande 38. L'un n'empêche pas l'autre.
Il est clair que l'intérêt du public pour la haute fidélité est devenu marginal au profit d'autres centres d'intérêts comme la téléphonie, le home cinéma, les cuisines équipées, les voyages etc. Quand je suis née, il était courant de se passionner pour la hifi et on trouvait normal d'investir parfois des sommes importantes pour avoir un bon son. En 2007, peu de gens sont prêts à investir 6 mois de salaire pour acheter une paire d'enceintes acoustiques !

- Si Nicolas Sarkozy t'avait nommée ministre de la Culture, quelles seraient tes premières mesures ?
- Je pense ne pas être compétente pour mériter un pouvoir à ce niveau-là. Ma première mesure serait donc de lui conseiller de faire appel à de vrais spécialistes, qui ont une vision d'ensemble d'une réalité qui est beaucoup trop complexe pour moi, et sans doute pour la plupart des gens :0)

- Donc, pour toi, que faudrait-il changer dans le rôle culturel de l'Etat ?
- J'ai déjà beaucoup d'hésitations sur ce qu'il faudrait faire pour améliorer notre petite structure artisanale. Gérer une dizaine de personnes est déjà bien difficile alors 60 millions... Je ne pourrais exprimer qu'une opinion, et je ne suis pas certaine qu'il faille accorder trop de crédits aux opinions.

Frédérique Zoltane Je suis venue à la chanson tardivement